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5 octobre 2022

Cameroun les nouvelles pistes pour relever les défis énergétiques durables expert
Crédit photo : pontivy-communaute.bzh

Cameroun : les nouvelles pistes pour relever les défis énergétiques durables (expert)

On note au Cameroun un déficit énergétique, malgré les investissements colossaux consentis pour la construction des barrages à travers le pays. Malgré cela, l’approvisionnement en électricité reste insuffisant. Le barrage de Mevele dans le sud du pays, bien que mis en service, n’a pas permis d’améliorer l’offre énergétique comme prévu. On note la recrudescence des délestages, qui pourrait s’expliquer par la vétusté des barrages existants, du fait du vieillissement des ouvrages comme les barrages de Song loulou, la Bénoué, Bamendji.

Le transport de l’électricité sur plusieurs centaines de kilomètres, comme entraîne des pertes considérables du point de vue économique, car la construction des infrastructures de transport coûte des centaines de milliards, sans oublier qu’il faudrait mobiliser d’énormes sommes pour leur entretien. Sur le plan écologique, on note une pollution environnementale liée à l’émission de gaz à effet de serre (GES). Ceci explique le coût élevé de l’électricité et la grogne des ménages tandis que les industriels ont opté pour des groupes électrogènes ou à gaz.

La conséquence directe est l’asphyxie de l’économie du pays qui repose à 80% sur l’informel, car la majorité des camerounais vivant des petits métiers comme la soudure, la mécanique, la plomberie, la coiffure et ne peuvent pas exercer du fait des coupures ou de baisse tension. Les industriels ont basculé sur des groupes électrogènes ou gaz, tandis que les autres doivent trouver des solutions alternatives comme l’utilisation du bois comme la quasi-totalité des boulangeries, entraînant ainsi la destruction de la forêt, car on observe la prolifération des fours à bois sur l’ensemble du territoire national.

Pour faire face à cette situation et compléter l’offre énergétique, le gouvernement a opté pour la construction des centrales thermiques dans plusieurs régions du pays. Cependant, cette solution pose le problème de pollution environnementale, car la combustion des énergies fossiles (pétrole, gaz, diesel, fioul etc.) est responsable de l’émission de carbone. Une réflexion profonde et l’élaboration d’un schéma directeur de l’énergie s’impose. Il est impératif de prendre en compte la notion de protection de l’environnement dans l’élaboration des politiques énergétiques.

Qu’est-ce que le Gaz à Effet de Serre (GES) ?                                         

Le Gaz à Effet de Serre a une longue durée de vie atmosphérique (plus d’un siècle) et la capacité d’absorber et ré-émettre le rayonnement infra-rouge émis par la terre, agissant comme une sorte de couverture qui augmente la température de la surface et de la basse atmosphère : c’est le mécanisme du réchauffement climatique. La conséquence directe sur l’Homme est l’apparition des maladies cancéreuses. L’émission de carbone (CO2) concourt à la formation de Gaz à Effet de Serre (GES).

Les sources d’énergie à développer sont celles qui émettent le moins de CO2 tout au long de leur cycle de vie, donc il est impératif de procéder à l’analyse du cycle de vie (LCA) avant l’initiation de projets énergétiques. 

Étude du cas de l’hydro-électricité

Le tableau ci-dessous présente les principaux pays producteurs d’hydroélectricité dans le monde.

Pays Production % national
Chine 1232.1TWh 17%
Brésil 388,9 TWh 65%
Canada 385,9 TWh 59%
Etats-Unis 317,0 TWh 7%
Russie 193,0 TWh 18%
Inde 151,1 TWh 9%
Norvège 139,5 TWh 95%
Japon 88,3 TWh 8%
France 70,6 TWH 12%
Turquie 59,9 TWh 20%

Source : International Energy Agency (IEA)

Il ressort que la Chine est le premier producteur d’hydroélectricité au monde, mais ne cela représente que 17% de sa production nationale. Ensuite, les États-Unis 7%, la Russie 18%, l’Inde 9%, le Japon 8%, La France 12%, la Turquie 20%. La question qui se pose est de savoir pourquoi ces pays industrialisés et malgré leur grand potentiel hydraulique (ouverture sur la mer et l’océan) ne se focalisent pas uniquement sur la production hydroélectrique. Quelles seraient les sources d’énergies alternatives implémentées par ces pays ? Ces grands pays optent une politique tournée vers la transition écologique, car on note une dénucléarisation et la fermeture des centrales thermiques de ces derniers. Par contre, on constate un investissement massif dans les énergies vertes notamment le photovoltaïque, l’éolienne et la biomasse.

Cependant, il faudrait noter que le bilan carbone des centrales hydroélectriques varie selon plusieurs paramètres, la taille, l’âge, la grandeur, la capacité de production, la température et n’est donc pas maitrisable, contrairement à l’éolienne, au photovoltaïque et la biomasse où les avancées technologiques ont permis de ramener l’émission de carbone à seuil quasi nul, car les panneaux photovoltaïques n’émettent pas de carbone pendant la production de l’électricité.

Les barrages hydroélectriques, dans certaines conditions sont pires que les centrales thermiques. C’est une énergie réputée verte qui encourage la multiplication des projets de grands barrages. Pourtant certaines constructions s’avèrent très émettrices de méthane et de dioxyde carbone en raison de la décomposition de matière organique dans les réservoirs.

A première vue, un barrage ne présente que des avantages : il fournit une énergie renouvelable, peu chère, et sans émissions de gaz à effet de serre. Mais derrière ce tableau idyllique, se cachent des impacts cachés bien moins favorables. En modifiant le débit des cours d’eau, les barrages entrainent une accumulation des sédiments pouvant causer un envasement et un appauvrissement en matières nutritives de l’eau. Lorsque la végétation est submergée par l’eau, elle se décompose et lorsque le taux d’oxygène est bas, comme c’est souvent le cas au fond des réservoirs, le barrage émet alors du méthane, un puissant gaz à effet de serre, du CO2 et le protoxyde d’azote (N2O).

Selon Environmental Science Technology, après une enquête menée sur 1473 barrages dans 104 pays, les émissions médianes mondiales sont plus importantes que celles du gaz naturel, du solaire et du vent. À court terme, la construction d’un nouveau barrage émet respectivement 8 à 30 fois plus de gaz à effet de serre que le solaire et l’éolien par unité produite. Plus le temps passe, plus le taux d’émission diminue, mais reste supérieur aux valeurs du solaire et du vent.

Les émissions varient en effet fortement selon la configuration du réservoir, sa profondeur, la température de l’eau et la vitesse d’érosion. De manière générale, plus le ratio entre la surface du réservoir et l’électricité produite est élevé, plus les émissions de CO2 et N2O et de méthane seront proportionnellement importantes, donc les barrages situés dans les régions chaudes émettent davantage de gaz à effet de serre.

Pour ce qui concerne les barrages, l’effet est principalement dû au méthane, un gaz à effet de serre bien plus important (une trentaine de fois) que celui du CO2. Le méthane contribuerait de 80% à l’effet de serre induit par ces lacs artificiels, car à l’échelle de la planète, ces émanations équivaudraient, pour leur effet sur le réchauffement, à un milliard de tonnes de dioxyde de carbone.

Outre la latitude et l’âge de la retenue d’eau, il faut déterminer l’activité biologique et préciser les émissions de méthane pour faire une meilleure évaluation de l’impact de l’hydraulique sur l’environnement.

A travers ces travaux, il n’est pas question d’abandonner les barrages hydro-électriques d’autant plus qu’ils ont un impact climatique inférieur à celui des centrales thermiques. En revanche, il est important de bien prendre en compte les émissions sur le long terme pour choisir l’emplacement d’un nouveau barrage et parvenir aux meilleures chances de réduire le réchauffement global.

De la nécessité des centrales thermiques ?

Après avoir démontré les effets dévastateurs des systèmes de production hydrauliques, nous pouvons également démontrer les risques auxquelles on s’expose en développant les centrales thermiques. Deux raisons expliquent la nécessité pour le Cameroun de s’arrimer à la transition écologique en mettant l’accent sur le développement les énergies photovoltaïque, éolienne et la biomasse.

Les centrales thermiques devraient être démantelées, car les énergies fossiles ne sont pas durables, leur stock géologique offre une quantité finie à un coût d’extraction économiquement accessible, et donc la forte demande mondiale risque de se traduire par une déplétion rapide des ressources en pétrole et en gaz. On observe déjà que la hausse du prix du pétrole depuis le milieu de la décennie 2000 affecte les économies, particulièrement les économies totalement dépendantes des importations comme le Cameroun.

Bien que les énergies renouvelables sont également source de production de carbone, il serait important de mener une politique tournée et organisée autour de la production massive et du développement de ces dernières. Des études sur le changement climatique ont permis de produire le rapport sur les énergies renouvelables et leur capacité à limiter la probabilité d’un réchauffement climatique dangereux à l’horizon 2050.

Notre étude a permis de calculer la quantité de CO2 produite par kWh d’électricité selon la technologie :

Technologie Hydraulique Biomasse photovoltaïque Gaz naturel Eolienne
Emission (en CO2eq/KWh) 4 18 80 469 12

Il ressort que l’hydraulique possède le meilleur bilan carbone (dans une certaines mesures) de toutes les sources d’énergie électrique. Les centrales hydrauliques produisent 118 fois moins de CO2 que les centrales thermiques à gaz, 3 fois moins que l’éolien et 20 fois moins que le photovoltaïque. Cependant avec les avancées sur les techniques de fabrication des panneaux solaires et le recyclage des matières plastiques, nous constatons de nos jours que la tendance change, le photovoltaïque, l’éolien et la biomasse deviennent toutes des énergies propres.

Face à toutes ces difficultés techniques, conjoncturelles, infrastructurelles et financières, il serait judicieux de repenser le schéma directeur énergétique du Cameroun. Est-il vraiment bénéfique de construire un barrage pour ensuite transporter la production à plusieurs centaines de kilomètres ? Ne serait-il pas sage de voir dans quelles mesures intégrer un système de production sectoriel tenant compte des spécificités de chaque région (matières premières disponibles, relief, climat etc.), car c’est l’unique option pour revoir les coûts d’investissement et du kilowatt à la baisse, mais surtout améliorer la qualité du service ?

Cependant, la définition des prochaines orientations en matière de politique énergétique devrait prendre en compte le réchauffement climatique, c’est-à-dire la diminution du taux d’émission de Gaz à Effet de Serre, en y intégrant la notion d’analyse du cycle de vie (LCA). C’est ici le lieu de développer les énergies photovoltaïques, éoliennes et la biomasse.

En gros, il serait judicieux d’adapter un modèle de production décentralisée tenant compte des spécificités de chaque région. C’est uniquement avec cette approche que les problèmes énergétiques pourront trouver des solutions dans le pays.

La piste à privilégier dans cette circonstance serait l’adoption et la mise en œuvre des énergies alternatives comme le développement de l’énergie photovoltaïque, l’énergie éolienne, la biomasse.

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