loader-image
Paris
10:16 pm,
temperature icon 18°C

La stratégie au cœur de l'information

10 octobre 2026

Search
[ccpw id="1030"]

PAUL BIYA DE RETOUR, MAIS TOUJOURS INVISIBLE : LE CAMEROUN FACE AU SPECTRE DE LA SUCCESSION

Le retour du président Paul Biya à Yaoundé, le 20 août 2026, après plus de deux mois passés en Europe, devait mettre fin aux spéculations. Il semble, au contraire, avoir ouvert une nouvelle séquence d’incertitude politique au Cameroun.

À 93 ans, le chef de l’État camerounais, au pouvoir depuis 1982, a passé près de dix semaines hors du pays, dans ce qui a officiellement été présenté comme un séjour privé en Europe. Cette absence, l’une des plus longues de son règne, a provoqué de nombreuses interrogations sur son état de santé, mais surtout sur la continuité réelle du pouvoir à Yaoundé.

Deux jours après son retour, Paul Biya est apparu publiquement le 22 août lors de la réception des Lionnes Indomptables, championnes d’Afrique. Mais depuis cette apparition, le président est redevenu extrêmement discret. Plusieurs médias camerounais et africains relèvent qu’aucune nouvelle apparition publique significative n’a été enregistrée, tandis que la présidence continue de publier décrets, messages diplomatiques et correspondances officielles en son nom.

Cette situation alimente une question de plus en plus difficile à éviter : qui gouverne réellement le Cameroun au quotidien lorsque le chef de l’État est absent ou invisible pendant de longues périodes ?

Le sujet est particulièrement sensible dans un système politique fortement centralisé autour de la présidence. Le Cameroun ne dispose pas d’un vice-président exerçant normalement un rôle de suppléance, et la Constitution ne prévoit l’intérim du président du Sénat qu’en cas de vacance officiellement constatée de la présidence. Or, en l’absence d’une déclaration de vacance, le pouvoir continue juridiquement de fonctionner autour du président en exercice.

Le problème dépasse désormais la seule question de la santé de Paul Biya. Il concerne la succession, un sujet longtemps évité au sommet de l’État.

Selon une analyse publiée cette semaine par le Carnegie Endowment for International Peace, l’absence prolongée du président et l’absence d’un successeur clairement désigné créent un risque d’incertitude institutionnelle majeure. L’organisation estime que la question de la succession pourrait devenir l’un des principaux facteurs d’instabilité politique si elle n’est pas clairement anticipée.

À Yaoundé, la tension est d’autant plus palpable que plusieurs voix de l’opposition et de la société civile demandent davantage de transparence sur la capacité du chef de l’État à exercer pleinement ses fonctions. Certains responsables politiques ont même appelé ouvertement Paul Biya à quitter le pouvoir, estimant qu’il ne dirige plus effectivement le pays.

Du côté du pouvoir, le discours reste toutefois très différent. Les responsables proches du RDPC continuent d’affirmer que Paul Biya conserve le contrôle des institutions et des grandes décisions politiques. La présidence, de son côté, poursuit une activité diplomatique régulière : plusieurs messages de félicitations adressés à des chefs d’État étrangers ont encore été publiés au nom de Paul Biya au début du mois de septembre.

Mais cette activité administrative ne suffit plus à calmer les interrogations.

Pour de nombreux Camerounais, la question n’est plus simplement de savoir où se trouve le président, mais de savoir si les institutions sont suffisamment préparées à un éventuel changement brutal à la tête de l’État.

Après plus de quatre décennies de règne, Paul Biya demeure au centre de presque toute l’architecture politique camerounaise. Son absence prolongée a donc exposé une faiblesse structurelle : la continuité de l’État dépend encore très largement de la présence d’un seul homme.

Et c’est précisément ce qui rend la situation actuelle explosive.

Le Cameroun entre dans une période où les interrogations sur la santé du président, la succession et l’équilibre du pouvoir ne peuvent plus être considérées comme de simples rumeurs politiques.

Elles sont devenues une question institutionnelle nationale.

Partager l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Prouvez votre humanité: 4   +   8   =