La pluie tombe. L’eau monte. Les routes disparaissent.
Et Douala retient une nouvelle fois son souffle.
Ce vendredi 11 septembre, de fortes pluies ont provoqué de nouvelles inondations dans plusieurs secteurs de la capitale économique camerounaise. Des informations publiées dans la journée font état de quartiers touchés et de populations confrontées à une montée rapide des eaux.
Mais derrière les images spectaculaires se cache une question autrement plus inquiétante :
Comment la capitale économique du Cameroun peut-elle encore être aussi vulnérable chaque fois que le ciel se déchaîne ?
Une ville qui connaît trop bien ce scénario
Ce n’est malheureusement plus exceptionnel.
À peine un mois plus tôt, en août, de fortes pluies avaient déjà transformé plusieurs parties de Douala en véritables pièges. Cameroon Tribune rapportait des rues devenues impraticables, des ponts débordés et des marchés envahis par les eaux.
À Makepe-Missoké, un pont avait été submergé. La rivière Banya avait débordé. À Ndogpassi III, l’eau avait pénétré dans le marché, obligeant des commerçants à déplacer leurs marchandises. Dans des quartiers régulièrement exposés comme Mambanda, Bepanda, Akwa ou Makepe, certaines familles en sont même arrivées à développer des stratégies saisonnières pour échapper aux périodes les plus dangereuses.
À Douala, certains habitants ne vivent plus seulement avec la saison des pluies. Ils vivent avec la peur de la prochaine inondation.
Le problème ne tombe pas uniquement du ciel
Accuser uniquement la pluie serait pourtant trop facile.
La Banque africaine de développement vient justement de rappeler, dans une publication du 3 septembre consacrée à Douala, le rôle des canalisations et drains obstrués par les bouteilles en plastique, déchets ménagers et matières organiques.
Lorsque les voies d’évacuation sont bouchées et que les pluies arrivent, l’eau ne s’écoule plus normalement. Elle remonte, envahit les habitations, perturbe les activités économiques et augmente les risques sanitaires pour les populations vulnérables.
C’est donc aussi une bataille d’assainissement, d’urbanisme, de gestion des déchets et d’entretien des infrastructures.
Douala paie le prix fort
Et lorsque Douala s’arrête, ce n’est pas une ville ordinaire qui s’arrête.
C’est le poumon économique du Cameroun.
Chaque axe bloqué signifie des travailleurs immobilisés. Chaque marché inondé signifie des marchandises menacées. Chaque commerce envahi représente potentiellement des économies familiales englouties en quelques minutes.
Et derrière les statistiques se trouvent des familles.
Des parents qui regardent l’eau entrer chez eux.
Des commerçants qui tentent de sauver leurs marchandises.
Des automobilistes qui découvrent trop tard qu’une route familière est devenue dangereuse.
Des habitants qui montent leurs meubles en hauteur en espérant que l’eau s’arrêtera avant d’atteindre le reste.
Le chiffre qui interpelle : 110 mm en une journée
Les relevés météorologiques disponibles pour septembre montrent à quel point les précipitations peuvent être brutales : la station de Douala a enregistré environ 110 mm de pluie pour la seule journée du 5 septembre.
Une métropole tropicale comme Douala doit évidemment composer avec des précipitations importantes.
Mais précisément parce que ces pluies sont prévisibles et récurrentes, la résilience de la ville ne peut plus être considérée comme un luxe.
Après l’eau, viendra encore l’eau
La question essentielle n’est donc peut-être plus :
« Pourquoi Douala est-elle inondée ? »
Les causes générales sont connues.
La véritable question devient :
« Qu’est-ce qui sera réellement différent avant la prochaine pluie ? »
Parce qu’une fois les eaux retirées, les voitures repartiront. Les boutiques rouvriront. Les habitants nettoieront leurs maisons. Les images disparaîtront progressivement des réseaux sociaux.
Puis le ciel redeviendra noir.
Et si rien ne change profondément, le même scénario recommencera.
Douala mérite mieux qu’une ville condamnée à compter les dégâts après chaque grande pluie.
La capitale économique du Cameroun ne peut pas continuer à apprendre à nager chaque fois que le ciel décide de parler.