La stratégie au cœur de l'information

5 octobre 2022

Guerre en Ukraine le Cameroun peut-il profiter de la flambée du prix de l’or ?
Crédit photo : Christian_DuB de Pixabay

Guerre en Ukraine : le Cameroun peut-il profiter de la flambée du prix de l’or ?

Considéré en économie comme l’actif refuge pour se prémunir contre les grandes crises, l’or est à son plus haut depuis plus d’un an, sur fond d’attaque russe en Ukraine. Ce montant a  progressé de plus de 3% le jeudi 24 février pour atteindre 1 971,54$ avec l’intensification des tensions russo-ukrainiennes, dépassant son prix le plus élevé depuis janvier 2021, lorsqu’il s’était négocié à 1948$ l’once.

Le Cameroun, producteur d’or en Afrique pourra-t-il profiter de cette hausse vertigineuse du prix de l’once sur le marché international ? Tous les regards sont désormais tournés vers la SONAMIES de Serges Boyoguene. Lui qui a du mal à réguler le secteur d’exploitation de ce métal contrôlé par une mafia entretenue par les chinois opérant avec des permis artisanaux dont les propriétaires sont généralement des députés, ministres et hauts commis de l’État.

Au-delà des chinois utilisant des engins lourds pour l’exploitation d’or avec les licences d’exploitations artisanales, dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua c’est l’unique source d’activités des populations. Bétaré-Oya, Ngoura, Colomine dans le département du Lom-et-Djerem ou à Batouri, Kambélé, Kétté et Ouli dans la Kadey, beaucoup d’or sort de cette région, exploité par les entreprises majoritairement chinoises et les orpailleurs artisanaux mais sont difficilement traces par le gouvernement. L’or jusqu’ici était racheté aux populations par les bureaux d’achat qui non seulement faisait perdre au minimum selon les chiffres du Carpam plus d’un milliards de FCFA par mois à l’État. Officiellement, à peine 5% de la production aurifère nationale est écoulée dans les circuits formels.

Comment expliquer que le Cameroun ne soit pas parmi les producteurs d’or dans la liste de la CEMAC ?

C’était au dixième mois de l’année 2021, Serges Boyoguene a donné le ton pour une rencontre avec les bureaux d’achats des secteurs or et diamant :

« Cette séance de travail a pour objectif d’assoir les bases d’une saine collaboration entre ces différents acteurs du secteur minier et la Sonamines, relativement à la mise en œuvre de sa mission d’achat et de commercialisation à titre exclusif de l’or et du diamant sur l’ensemble du territoire national, consacré par son décret de création », indiquait le DG de Sonamines, Serges Hervé Boyogueno.

‘’Cet homme est sur un terrain très glissant, le système risque de le broyer car trop d’intérêts de certaines pontes du régime en jeu’’ explique un ex-cadre à la retraite du Ministère des Mines.

La Sonamines entend non seulement réguler cette activité, surtout canaliser les opérations d’achats d’or pour permettre non seulement aux populations locales d’écouler leur métal en fonction des coûts du marché sans chantage ni arnaque, mais aussi à l’État de mieux contrôler la production. C’est du moins ce qu’a fait le premier producteur africain d’or, le Ghana.

En 2018 la banque centrale du Ghana a décidé d’acheter l’or directement auprès des producteurs locaux, projetant    de doubler ses réserves d’or au cours des cinq prochaines années. Pour y arriver, elle a lancé le 17 juin 2018 un programme d’achat d’or auprès des producteurs locaux, une opération « historique » qui permettra notamment d’accroitre les réserves de change, de renforcer la confiance et d’améliorer la stabilité de la monnaie locale.

Avec la Sonamines le regard de l’État dans ce secteur obligera les acteurs à plus de respect des enjeux environnementaux. Selon le journal panafricain Jeune Afrique, depuis près d’une décennie, l’exploitation minière fait en effet payer un lourd tribut à la région de l’Est. En avril dernier, l’ONG Forêts Développement Rural (Foder), une organisation de défense des forêts et environnements primaires, dénombrait pas moins de 150 morts enregistrés entre 2014 et 2020 dans des mines de cette région, avec un pic de 64 décès en 2017. À ce lourd bilan humain s’ajoute, selon l’ONG, l’impact environnemental déplorable affectant les populations locales.

Partager l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.